mardi 8 juillet 2014

La Politique et la Violence


Hier sur Twitter je me suis fait reprocher d'être ''une pauvre cloche supporteur d'assassins #FLQ''

Ce tweet m'a poussé à réfléchir sur la question de la violence dans toutes ses formes en politique.

Une phrase célèbre m'est donc revenue en tête: ''La guerre n'est que la continuations de la politique par d'autres moyens'' - Général Prusse, Claus von Clausewitz.

Ce principe est encore admis et appliqué dans la grande majorité des sociétés démocratiques occidentales mais de plus en plus contesté au Québec. La nation Québécoise est pacifique et sait depuis toujours tendre l'autre joue comme l'a enseigné notre seigneur Jésus-Christ. Cependant, cette caractéristique culturelle et identitaire n'a pas empêché bon nombre de Québécois, à une certaine époque appelés canadiens-français de prendre part aux conflits les plus sanglants que la Terre ait connu.

Nos ancêtres directs dont certains sont encore vivants aujourd'hui ont bravement servi sa Majesté dans les tranchées de la première guerre mondiale. Plusieurs y ont laissé leur vie sur les plages de Normandie lors de la seconde Guerre Mondiale. Dans les années 2000, ce sont environ 26 Québécois et Québécoise qui se sont enrôlés volontairement et qui sont allés mourir en Afghanistan dans une guerre que la nation voisine que l'on appelle le ROC a décidé d'entreprendre.
http://www.vigile.net/Soldats-quebecois-morts-au-combat

Malgré tout ça, le cœur de notre nation demeure pacifique et refuse d'envoyer ses enfants à l'étranger servir dans des conflits qui ne nous regardent pas. Et nous manifestons notre désaccord en grand nombre lors de chaque conflit.
http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/20668/la-plus-grosse-manifestation-de-l-histoire-du-quebec
Lors du référendum sur la conscription du 27 avril 1941, 71,2% du Québec la rejette et vote NON.  ''En 1918, sur 117 104 conscrits québécois, 115 507 demandent à être exemptés.'' (Canada.Québec 1534-2010, Lacoursière-Provencher-Vaugeois, p.401)

Ce qui me conduit à une première conclusion: Les Québécois sont pacifiques de  nature mais sont capables de grands faits d'armes lorsqu'on les y contraint.

Maintenant abordons la question de la violence politique que le bon gouvernement de Sa Majesté a fait vivre à la population francophone d'Amérique, particulièrement celle faite aux Québécois et Québécoises. Nul besoin de remonter à la déportation des acadiens, à la conquête qui confisqua les armes de chasse des paysans de la vallée du St-Laurent dont plusieurs moururent de faim au cours de l'hiver ni à la première guerre bactériologique menée par le général Amherst avec ses couvertures contaminées à la variole destinées aux amérindiens. Nous ne perdrons pas trop de temps à refaire l'histoire des Patriotes pendus au Pied-du-Courrant et les 350 massacrés par 6000 britanniques dans l'église de St-Eustache. Contentons nous de revoir certains événements qui suivent la confédération de 1867 et l'Acte de l'Amérique du Nord Britannique, notre régime constitutionnel actuel.

À l'ouest, 1868, l'histoire de l'expansion Canadienne commence avec la prise de possession de terres de Métis et la pendaison de Louis Riel.

Ici, en juin 1878 la cavalerie prend des grévistes en souricière dans une rue de Québec et charge avec leurs épées. Les grévistes se défendirent avec des pavés avant que le maire leur lise le ''Riot Act'' en anglais bien entendu. Les grévistes ont continué à se défendre jusqu'à ce que le colonel Strange ordonne à sa première section de faire feu sur les grévistes. Après deux salves, on compta 2 morts et une dizaine de blessés.

Toujours à Québec, le 31 Mars 1918, la foule manifeste son opposition à la conscription suite à quelques débordements, l'armée charge la foule baïonnette au canon et la situation tourne rapidement à l'émeute. La cavalerie riposte le sabre à la main tandis que l'infanterie tire aux fusils et à la mitrailleuse. La Presse titre 2 jours plus tard: ''Cinq civils sont tués par les soldats à Québec'', sans compter les blessés.

Après la deuxième guerre mondiale, la violence Étatique change de main et s'exerce désormais par le gouvernement provincial. À chaque fois que les porteurs d'eau francophones se sont organisés afin de revendiquer l'épanouissement économique de la nation Québécoise la police de Duplessis aussi appelée Police Provinciale s'est chargée de briser les mouvements ouvriers de la province.

Michel Chartrand témoigne à propos de la violence provoquée par les forces de l'ordre qui infiltraient les manifestations lors d'une entrevue donnée à Paul Arcand: ''les gars qui nous faisaient d'la violence souvent c'était la police qui se mettait dans nos manif, on leur voyait les bottines pis des fois le gun sur la fesse''. Technique bien connue , la police en civil fait déraper des manifestations pacifiques afin de justifier l'intervention musclée de leurs collèges. Encore aujourd'hui les altermondialistes et les étudiants sont trop souvent victimes de cette technique.

L'événement de l'époque Duplessis qui résume le mieux l'utilisation de la violence Étatique envers la population afin de préserver les acquis de la classe dominante anglo-saxonne et le profit des actionnaires de la Canadian Johns-Manville Co Ltd fut la grève de l'amiante déclarée en février 1949 dans les Cantons de l'Est.
Le 5 mai, 25 voitures et un camion semi-remorque de la police se rendent à Asbestos pour écraser les grévistes: 180 ouvriers sont arrêtés. À ce moment Pierre Elliott Trudeau était encore du bon bord et se trouvait sur place; il écrivit: ''...les grévistes étaient conduits au Club Iroquois pour être soumis à des interrogatoires. On utilisa diverses méthodes de question: coups de pieds ou de garcette, coups de poing, poussés contre les murs. Plusieurs de ceux qui qui furent libérés avaient le visage tuméfié et portaient d'autres marques des rudesses subies.''

Parce qu'il faut d'abord manger pour survivre, les luttes d'émancipation Québécoises sont des luttes de survivances dirigées par le monde ouvrier. Il a fallu attendre le début des années 1960 et le gouvernement Lessage qui s'est fait élire avec le slogan ''Il est temps que ça change'' et deux ans plus tard réélu avec ''Maitres chez nous''. Lentement ce gouvernement commence à bâtir la société moderne: 1961 assurance hospitalisation, 1962-63 nationalisation de l'électricité, 1964 ministère de l'éducation. Pour ce qui est de la conditions ouvrières, les luttes continuent contre les boss, contre les scabs et encore souvent contre la police qui veut rétablir l'ordre bourgeois. Cette époque fut décrite par Pierre Vallières dans un classique de la littérature politique québécoises: ''Nègres blancs d'Amérique''.

Profitant des maigres acquis des années 1950, le Québec commence à voir apparaître des intellectuels (Chaput ,d'Allemagne, Bourgault...) qui réclament l'indépendance du Québec. C'est la naissance du R.I.N . Selon moi, deux événements viennent mettre de l'essence sur le feu qui brûlera jusqu'au référendum de 1980. Le premier étant la déclaration d'un certain Donald Gordon président du Canadien National. En résumé il affirma ceci: Je ne peux trouver dans mon personnel aucun canadien français apte à occuper l'un des 28 postes supérieur de l'entreprise. Le deuxième événement c'est la ratification d'une entente fédérale-provinciale sur la formation technique qui octroie à l'Ontario 186millions de dollars et au Québec 13 millions.

Les indépendantistes de la première heure, québécois donc pacifiques de nature, ont commencé par l'écriture, des graffitis et des manifestations encore une fois réprimées par la violence policière. Puis un jour certains se sont tannés et on décidé de faire comme en Algérie. Les premières bombes du FLQ ont commencé à sauter; suivies de celles des services secrets de la GRC.

Tout ça se passe au début des années 1960 et cela coïncide avec le mouvement mondial de libération des peuples, la violence avait changé de main et à cette époque, l'Algérie s'en servait, le Viêt-Nam, Cuba, un peu partout en Afrique aussi les peuples opprimés se sont servi des armes pour se libérer des empires coloniaux; en Amérique du Sud on voulait se libérer de l'hégémonie américaine. Certains se sont dit: Si la méthode est bonne ailleurs pourquoi pas chez nous?
À ce moment, les indépendantistes québécois ne sont que des marginaux, certains diront des rêveurs.
En 1967, en plus de l'exposition universelle qui ouvre les yeux des québécois vers le Monde, arrive un événement extraordinaire, la venue du général de Gaule qui prononça du haut de l'hôtel de ville de Montréal c'est quelques mots qui font encore frissonner lorsqu'on les entends:''Vive le Québec.....Vive le Québec Libre''. Comme Pierre Bourgault l'a dit par la suite:'' parce que lui, pour la première fois en deux cent ans, qui est venu là sur notre terre, nous dire en français ce qu'il pensait. C'est le premier homme, qui a gagné, qui est venu nous dire: Lâchez pas.''. En moins de 24 heures grâce à de Gaule l'idée d'indépendance est sortie de la marginalité. C'est devenu le moteur de l'émancipation québécoise.

L'année suivante, les processions de la St-Jean prennent une tournure indépendantiste. Pierre Elliott Trudeau désormais fédéraliste, brigue le siège de premier ministre du Canada lors de l'élection du lendemain et décide de venir narguer la foule en tant que dignitaire. Les choses dérapent et l'émeute s'en suit. La violence policière intervient sur le champ pour réprimer la foule. C'est ce qu'on a appelé Le Lundi de la Matraque. C'est lors de cet événement que les policiers se sont mis à 15-20 sur le dos du boxeur Réginald Chartrand , fondateur des chevaliers de l'indépendance, pour le massacrer. Bilan de la soirée 292 arrestations et 123 blessés.

1970, c'est l'élection de Robert Bourassa. Les choses ne vont pas assez vite aux yeux du FLQ et ceux-ci décident au mois d'octobre d'enlever James Cross puis ce fut le tour du ministre Pierre Laporte. C'est ce qu'on a appelé la Crise d'Octobre. Promulgation de la loi sur les mesures de guerre par le premier ministre Trudeau. L'armée canadienne débarque dans les rues et on assiste à l'incarcération de plusieurs centaines de québécois et québécoises  jugés comme éléments subversifs, on compte parmi eux des militants certes mais aussi les leaders syndicaux, des artistes et poètes comme Gaston Miron. Michel Chartrand déclarera à sa sortie de prison:'' un pays qui renferme ses artistes pis ses poètes ou bin qui les force à s'exiler ça fait la Grèce des colonels pis l'Espagne de Franco, pis c'est ça qu'on a vécu dans le Québec pis dans le Canada, parce que y avait des gars à Québec pis à Ottawa qui étaient trop lâches pour faire face aux événements pis faire face aux nouvelles générations.''

Cette crise s'est plus ou moins terminée avec la mort de Pierre Laporte. Certains pensent qu'il est mort des blessures qu'il s'est infligé en tentant de s'évader, d'autre pensent qu'il a été exécuté par les membres de la cellule Chénier du FLQ. Peu importe, même les membres du FLQ, Simard et Vallières ne s'entendent pas sur la question. https://www.youtube.com/watch?v=GICWcqO4ylc.

Là ou je me questionne encore aujourd'hui c'est sur le rapport d'autopsie de Pierre Laporte. Le coroner déclare: ''Cause du décès: Asphyxie aiguë par strangulation ou liens. Le lien était de toute vraisemblance sa chainette de coup qu'il portait encore au moment de l'autopsie.'' Pour avoir joué au hockey pendant des années, je suis en mesure d'affirmer qu'une chainette de coup ne résiste pas à la force nécessaire pour étrangler un homme puisque plusieurs de mes coéquipiers ont vu les leurs brisées suite à de légères empoignades.

Maintenant revenons à nos moutons mon cher monsieur Richard Bédard (@RichBedard).
Puisque la sagesse m'a enseigné de m'abstenir dans le doute, je refuse de prendre position quant à savoir si oui ou non le FLQ a exécuté le ministre Laporte. En toute logique il m'est donc impossible de condamner ou de supporter des assassins comme vous le dîtes si bien.

Certes, je déplore qu'il y ait eu mort d'homme lors de ces événements. Je suis d'avis que le meilleur chemin vers l'indépendance est celui que nous a tracé René Lévesque, c'est à dire celui de la démocratie. Malgré un premier référendum perdu et un second volé, je demeure positif et continue à croire que dans l'avenir le Québec saura prendre son destin en main et que cette grande nation qu'est la nôtre décidera un jour de se donner un pays.

À la lumière de la violence soit Étatique soit Révolutionnaire, suis-je en mesure aujourd'hui de condamner toute forme de violence. Hélas je ne crois pas. Étant réaliste j'admet que la violence autant militaire, policière ou révolutionnaire suit son cours lorsque la politique diplomatique ne fonctionne plus. Personne ne peut garantir que de tels événements ne se reproduiront pas, autant d'un coté comme de l'autre. Condamner toute forme de violence serait dans le cas d'un retour de la GRC en pleine nuit chez moi une condamnation à mon droit de me défendre et ça j'en suis incapable.

Que l'on parle de la gang du chevalier de Lorimier, que l'on parle de Réginald Chartrand ou du FLQ pour moi ce ne sont pas des criminels, ni des barbares. À mes yeux, ces hommes; qui à leur époque, dans leur milieu , avec les outils, les connaissances et les raisonnements qui leur sont propre ont eu le courage de se tenir debout et de passer à l'action pour l'émancipation des Québécois et Québécoises. Ont-ils commis des erreurs, des gestes reprochables? Qui n'en commet pas et qui sommes-nous pour en juger? Pour moi, ce sont des Patriotes.

Bref, qui se souviens des noms des civils tués par l'armée à Québec en 1879 et en 1918? Au moins le ministre Laporte a un pont à son nom afin qu'on oublie jamais ce qui s'est passé.





Aucun commentaire:

Publier un commentaire