C'est en parcourant mon fil Twitter que je suis tombé sur la nouvelle, le journal de Montréal titrait: ''Bernard Drainville, Pas de Référendum avant 2023''. J'ai d'abord cru au canular, mais le liens menait effectivement à un véritable article du Journal de Montréal. J'ai lu l'article et j'ai immédiatement rédigé un Tweet adressé à monsieur Drainville pour lui souligner le fait que si il pense comme ça il ne devrait pas se présenter à la course à la chefferie du Parti Québécois. Monsieur Drainville m'a répondu en me suggérant de ne pas me fier à la manchette tout en me conseillant de lire son plan au lien suivant. http://bernarddrainville.org/drainville/2014/09/03/independance-2025-un-plan-sur-dix-ans/
J'ai lu son plan. Je suis d'accord sur certains éléments mais sur le fond je suis en profond désaccord. Au mieux, ce que monsieur Drainville propose c'est de revenir grosso-modo à la politique de Bernard Landry à une nuance près: au lieu d'attendre les conditions gagnantes on va tenter de les mettre en place. On se croirait revenu à la ''Saison des idées'' lancée par monsieur Landry en pleine perte de vitesse. Au pire, cette tactique risque de vider le Parti Québécois de ses meilleurs éléments en les repoussant vers les autres parti indépendantistes. Est-ce que monsieur Drainville souhaite être le chef qui mettra la clé dans la porte du Parti Québécois?
D'entrée de jeu monsieur Drainville affirme: ''On sait tous que le programme du Parti Québécois ne se résume pas à la seule question nationale. Dans les prochains mois et les prochaines années, il va falloir offrir des réponses concrètes aux besoins et aux aspirations des Québécois dans tous les domaines:... '' Cela est vrai puisque pour les prochaines années le Parti Québécois siègera à l'opposition et soyez assurés que le Parti Libéral ne mettra pas l'indépendance du Québec à l'agenda de l'Assemblée Nationale. Mais à trop vouloir bien paraître dans ces domaines on tombe inévitablement dans le syndrome du ''bon gouvernement de province'' et cela n'est pas le rôle historique du Parti Québécois, sa mission c'est de faire l'indépendance du Québec.
Dans son texte, monsieur Drainville fait référence à trois convictions. Concernant la première, je suis tout à fait d'accord sur le fait que le Parti Québécois ''a besoin de se donner un plan stratégique pour réaliser l’indépendance '', nul ne peut en douter.
À propos de la deuxième conviction, monsieur Drainville déclare: '' le Parti Québécois ne doit plus jamais se présenter devant les électeurs québécois avec une position ambiguë à propos de la tenue ou non d’un référendum''. Je suis tout à fait d'accord avec cette affirmation. Cependant ma vision est diamétralement opposée à ce qui suit: ''aux prochaines élections, en 2018, nous devrons nous engager à ne pas tenir de référendum dans un premier mandat.'' Monsieur Drainville, une telle position est intenable, depuis que le Parti Québécois existe chaque élection porte sur le thème d'un référendum. Soyez assuré que le département des communications du Parti Libéral aidé des médias traditionnels auront suffisamment de trente jours pour transformer cet engagement en parole d'ivrogne. De plus, le Parti Québécois n'a rien à faire au pouvoir si il n'a pas l'intention de réaliser la souveraineté du Québec au cours du mandat qui lui a été confié. Vaut mieux rester dans l'opposition, ce qui laissera d'avantage de temps aux députés et aux instances du parti pour faire la promotion de la souveraineté. De plus, d'un point de vue purement électoraliste, cette position mène le Parti Québécois à la pire défaite électorale jamais vue: Les ''purs et durs'' se tourneront vers Option Nationale et tant qu'à simplement gouverner une province, le membre à droite voterons pour la CAQ et les syndicalistes du parti se tourneront vers Québec-Solidaire. Déjà, Québec-Solidaire a littéralement volé 18 circonscriptions au Parti Québécois lors de la dernière élections, combien d'autres faut-il leur offrir? Et après tout ces efforts au cours d'un mandat, qu'Est-ce qui garanti au parti un second mandat? Une fois battus il faudrait tout recommencer à zéro en espérant un retour au pouvoir?
Je suis tout à fait d'accord avec la troisième conviction de monsieur Drainville, soit, celle d'utiliser l'État pour préparer l'indépendance. C'est dans la logique des choses et il en va de soi. Par contre mes attentes sont plus élevées envers le prochain chef du Parti Québécois que ce que monsieur Drainville propose de livrer. Je considère que le fait de prendre un mandat en entier pour arriver à ces fins n'a pas de sens. Le Parti Québécois et son futur chef seront-ils capables de marcher et de manger de la gomme en même temps?
Le problème avec le Parti Québécois c'est qu'il est en retard sur son agenda. Lorsque le parti a publié le Manifeste pour la souveraineté pour célébrer son quarantième anniversaire je suis tombé en bas de ma chaise. Le congrès euphorique c'est empressé d'applaudir ce texte tombé des cieux. Quarante ans en retard. Comme si Karl Marx avait attendu le 40e anniversaire du parti communiste pour lancer son manifeste. Bêtise.
L'étapisme version 2.0:
Dans son texte, monsieur Drainville nous propose les trois grandes étapes vers l'indépendance. Un parcours qui selon lui prendra environ dix ans.
1-L'opposition:
Créer un groupe de recherche: Voilà que l'indépendance n'est plus une question de trippes, de valeurs ou de principes, c'est devenu une science. Pourquoi devrions-nous prendre les 4ans à l'opposition pour réinventer la roue. Les raisons et les arguments pour faire l'indépendance sont les mêmes depuis 1759 et au fil du temps il s'en est greffé un paquet d'autres. Pas besoin d'universitaires réunis en conseil pour organiser des assemblées de cuisines à l'année longue. Pas besoins de pelleteux-de-nuages pour lâcher twitter une soirée par semaine afin de faire de l'action politique. Convaincre ce n'est pas réfléchir, c'est aller vers les autres.
2-La préparation-premier mandat:
Si il y a un homme au Québec qui a su placer les cartes de la nation afin de passer à l'étape suivante advenant un référendum gagnant c'est Jacques Parizeau. Élu le 12 septembre 1994, un an et un mois plus tard il état en position de faire un référendum et de faire face à la musique advenant une victoire. Pourquoi attendre quatre ans? Voulez-vous déclencher une élection surprise après seulement un an de mandat?
3-La réalisation:
Pour parvenir à l'indépendance, monsieur Drainville propose une seconde élection. Une élection qui sera en fait un référendum sur le référendum. Il propose de présenter à la population '' un document exhaustif sur l’avenir du Québec, qui répondra à toutes les questions que se posent les Québécois sur le Québec indépendant, en mettant cette option en opposition au statut de province;''. Monsieur Drainville, les québécois et québécoise ont peine à lire les titres qui défilent au bas de l'écran à RDI et LCN. Croyez-vous vraiment que votre document exhaustif préparé par votre comité d'expert sera lu par plus de 15-20 québécois? L'électorat c'est comme Rogatien de taxi 22, ils veulent un titre, une photo et une signature. Les gens ne lisent même pas les programmes électoraux comment pensez-vous atteindre ce miracle?
Bref je considère la démarche proposée par monsieur Drainville comme étant suicidaire et l'indépendance ne peut pas attendre un autre 10ans dans le meilleur des cas. Je ne pourrais imaginer une meilleur méthode pour étouffer l'idée d'indépendance pour les 50 prochaines années à venir. Et comme j'ai 33 ans, que je n'ai pas voté au dernier référendum, j'aimerais avoir la chance de voter Oui avant ma mort.
Et en ce qui concerne la course à la chefferie, je n'ai pas pris position, mais je dois avouer que j'ai très hâte de voir le dépôt officiel de la candidature de Jean-François Lisée.
Charles Vaillancourt
membre du PQ
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